Trafic des Écailles de Pangolin dans le Bas-Uélé: Enjeux et Solutions

Les écailles de pangolin, constituées de kératine, sont au cœur d’un commerce illégal florissant, principalement en raison de leur forte demande sur les marchés asiatiques. Utilisées dans la médecine traditionnelle et vendues sur le marché clandestin, elles alimentent un trafic qui menace directement la survie des espèces africaines. Depuis l’interdiction par la CITES en 2000 du commerce des pangolins asiatiques, les trafiquants se sont tournés vers les espèces africaines, notamment en République Démocratique du Congo. La province du Bas-Uélé est devenue un point central de cette exploitation illégale, soutenue par un réseau transnational organisé.

L’enquête menée dans les territoires de Bili-Uéré, Buta et Aketi a permis d’identifier les différentes étapes du commerce des écailles de pangolin. Les chasseurs locaux capturent les animaux pour les consommer comme viande, et en extraire les écailles, qui sont ensuite revendues aux intermédiaires avant d’être acheminées par des exportateurs clandestins vers les marchés internationaux, principalement asiatiques. Les observations de terrain ont mis en évidence des stocks cachés, preuve d’une organisation bien rodée. Les écailles de pangolin géant sont les plus recherchées, leur valeur marchande restant élevée malgré la baisse récente de la demande due aux restrictions sanitaires mondiales.

Les habitudes de chasse des communautés environnantes, profondément ancrées dans leurs traditions, contribuent à l’exploitation des pangolins. Le manque d’alternatives en termes d’autres sources de protéines animales pousse de nombreux ménages à s’appuyer sur la chasse pour leur subsistance. Parallèlement, la demande accrue des trafiquants incite davantage de chasseurs à capturer ces animaux, alimentant ainsi le commerce clandestin. De plus, la faible capacité des autorités à surveiller et réguler efficacement la chasse sur l’ensemble du territoire de la République Démocratique du Congo complique davantage la mise en œuvre de mesures de protection adéquates. De plus, le manque d’alternatives économiques pousse de nombreuses communautés locales à s’engager dans ce commerce. Si en 2018 un kilogramme d’écailles pouvait atteindre 30 000 FC sur le marché noir, la chute des prix observée récemment en 2022, avec des offres descendant jusqu’à 10 000 FC/kg, pourrait indiquer un ralentissement du trafic, probablement dû principalement à la pandémie de la COVID-19. Cependant, nos prévisions redoutent une reprise et même une hausse du trafic après la pandémie, à mesure que les restrictions sanitaires s’assouplissent et que la demande sur les marchés asiatiques reprend.

Stock d’écailles de pangolin géant (A); Pesage d’écailles (B); spécimen vivant de Manis tetradactyla (C) et spécimen vivant de Manis tricuspis (D).

COPHEGS, qui œuvre activement dans cette région où les pangolins sont abondamment répartis, assiste impuissant face à cette situation, faute de ressources nécessaires pour mettre en place des actions concrètes de lutte et de conservation. Son engagement en faveur de la préservation de ces espèces se heurte à un manque criant de moyens, limitant ainsi ses interventions sur le terrain. Un appel à soutien est donc lancé afin de renforcer les capacités de l’organisation et d’assurer une réponse efficace contre le trafic des écailles de pangolin. Toute contribution, qu’elle soit financière ou logistique, permettra d’intensifier les efforts de surveillance, de sensibilisation et de mise en place d’alternatives économiques pour les communautés locales.

Pour contrer efficacement ce phénomène, il est crucial de diversifier les sources de protéines animales et de promouvoir des pratiques de chasse durable. Le développement de projets agricoles et d’élevage alternatifs offrirait aux populations une solution viable pour limiter leur dépendance à la chasse des pangolins. De plus, une meilleure structuration de la régulation de la chasse, accompagnée d’une coopération internationale renforcée, est indispensable pour démanteler les réseaux criminels impliqués. Sans intervention rapide, le trafic des écailles de pangolin continuera de décimer ces espèces et de fragiliser les écosystèmes forestiers d’Afrique centrale.

COPHEGS appelle à une mobilisation urgente pour stopper ce commerce destructeur. Tout soutien, qu’il soit matériel, financier ou logistique, est essentiel pour préserver ces espèces menacées et assurer un avenir durable aux communautés locales dépendantes des ressources naturelles.

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